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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 07:00

Voici un article que je ne peux pas m'empêcher de copier ici, même si je sais que ça fait "polémique"...


Il est long, mais ça vaut le coup.


Merci, merci à lui... Je sais que je ne suis pas la seule à pousser des coups de gueule contre tout ça, mais son texte est bien construit...

Marcel Nuss

L'article est ici

 

(Pour ceux que j'entends réagir d'ici, avant même qu'ils aient fini de lire l'article : il ne s'agit pas de dire que c'est PARTOUT pareil, même si malheureusement j'entends énormément de choses qui cadrent parfaitement avec ce texte et que j'ai pu moi même le constater à bien des reprises...

Pour rajouter une petite anecdote, lorsque j'étais en stage en hôpital psychiatrique, une patiente était là pour une dépression très sévère, en cause : son travail ! Elle était aide-soignante dans une maison de retraite et la maltraitance la rendait malade !!! Diminution drastique de personnel => enchaîner les toilettes toujours plus vite, même pas le temps de parler etc...! À méditer!)

 

 

Voici un long extrait qui concerne de près tout ce que j'aborde sur ce blog.

Cependant la fin de l'article est intéressante aussi (à lire sur son blog directement), je ne l'ai pas copié juste pour éviter d'alourdir d'avantage cet article. (Il y aborde surtout la sexualité des personnes handicapées et un peu de politique.)


Je rajouterais le manque de formation des personnels surtout pour les enfants handicapés, et dans personnels, j'inclus les paramèd... nous manquons aussi de professionnels formés à la guidance parentale, d'ouverture des institution vers l'extérieur etc....

 

 

"Ce ne sont pas les institutions qui sont inhumaines, c’est le système institutionnel.

 

Un système très sarkozyste, en modèle réduit. Un mélange d’exploitation, de démagogie, de mépris, d’irrespect et d’irresponsabilité à l’encontre des résidants, avec parfois des oasis d’humanité véritable (quand même, mais ces oasis sont beaucoup trop congrus). Malgré les lois du 2 mars 2002 et du 11 février 2005, nos institutions, l’accompagnement à la personne en général, carburent toujours à la culture de l’assistanat : charité bien ordonnée…, penser et décider pour, sécurité avant tout, etc. ; un système où les professionnels continuent à être au centre, si ce n’est pas être le nombril… Et les personnes « assistées » à la périphérie, à la marge…

 

Si les Français, si tous les Français savaient ce qui se trame à l’intérieur de bon nombre de maisons de retraite et autres maisons d’accueil spécialisé [MAS], des soi-disant foyers de vie…

 

Mais pourquoi s’en inquiéter ? Tous ces agissements sont protégés (comme les ateliers du même nom…), et bien protégés, par la peur de perdre son emploi, d’être renvoyé de l’institution, par de l’égoïsme irresponsable, etc. L’omerta protège si bien ce milieu « humanitaire » hermétique aux néophytes et à la morale poreuse − très longtemps sous la houlette de congrégations religieuses ; le Charity bizness continue à suppurer dans ces murs −, qu’il y a bien peu de sanctions comparées à tous les « dérapages » humains quotidiens qui pourraient être signalés dans l’Hexagone. C’est atterrant, intolérable, et pourtant cela dure. Personne, ou si peu de personnes, ne bouge, ne moufte, ne dénonce ce scandale, ce déni d’humanité légal, puisque « qui ne dit mot consent ». De temps en temps, un ministre ou un secrétaire d’État commande un rapport ou une enquête, après un scandale un peu plus retentissant que la moyenne. Et après ? Pour quel résultat ? Combien de temps va-t-on continuer à laisser nos « vieux » et les « handicapés » être maltraités, dans des nids à vipères souvent situés à côté de nous, dans notre voisinage, sans rien dire ?

 

On ne compte plus les infractions au code du travail, à la loi du 2 mars 2002 et du 11 février 2005. Qui s’en soucie vraiment ? À part les trop insuffisants bons professionnels ? Que fait la Ddass ? Quant aux gouvernements, à part des lois ou des décrets pour se donner l’illusion d’agir, car elles ne sont pas ou mal appliquées ou pas efficaces, que font-ils de vraiment concret pour que cesse cette maltraitance quotidienne abjecte qui ne dit pas son nom, et se justifie derrière des manques de moyens, des sous-effectifs chroniques, des emplois sous-payés, etc. ?

 

Le milieu du médico-social est esclavagiste, avec l’aval des politiques. Tout comme il est maltraitant avec l’aval des mêmes politiques et des fonctionnaires d’État. Car rémunérer au SMIC ou à peine plus des professions aussi exigeantes psychologiquement et affectivement que physiquement, c’est honteux et ne peut attirer qu’une population sans conviction, sans vocation, sans intérêt réel pour ces métiers éminemment humanistes et humanisants. Or, c’est généralement l’État qui fixe la grille des salaires de ces professionnel(le)s exploité(e)s de façon indécente ; pourquoi payer mieux ce qui continue à relever de la charité et du sacerdoce dans nos esprits sclérosés, tant qu’il n’y a pas de soulèvement généralisé ?

 

Par exemple, les auxiliaires de vie sont condamnées à des situations de précarité indignes : le travail à domicile, généralement assumé par des femmes, souvent seules ayant des enfants à charge, subissant des conditions de travail inimaginables (liées aux particularités de ce travail à domicile et à l’incompétence ou au mépris de nombre d’employeurs, des associations très souvent) et aux salaires fluctuants (leur salaire est en moyenne de 900 €, en fonction des heures qu’on leur attribue, voire moins), est éprouvant à tous points de vue et absolument pas reconnus.

D’une certaine façon, je suis tombé dans ce milieu par la force des choses, comme Obélix dans sa marmite. Je suis passé et j’ai expérimenté toutes les formes d’accompagnement à la personne, dans tous les milieux et sous toutes ses formes. J’ai vu et j’ai vécu le meilleur et le pire. Depuis dix ans, je parcours la France, je regarde, j’écoute, je vois, j’entends, on m’invite, je visite des institutions, on me sollicite pour mon expérience spécifique, j’analyse et j’écris, je partage mon expérience. Je n’invente rien et je n’exagère absolument rien, contrairement à ce qu’aimeraient croire certains, quand ils ne le clament pas ouvertement sur un ton offusqué, scandalisé.

 

Ça vous dirait, à vous, d’avoir une couche pour ne pas pouvoir vous masturber, d’être levé et lavé sans vous demande votre avis, que l’on vous impose vos vêtements, que l’on vous décrotte mal, que l’on discute avec sa collègue tout en vous donnant à manger, que l’on vous sépare de votre conjoint ou conjointe, que l’on traite de « vieux cochon » ou de « vieille cochonne » car vous avez « encore » des envies sexuelles, du désir, à « votre âge », que l’on donne une bouffe dégueulasse, etc., alors n’hésitez pas, finissez vos jours dans une maison de retraite. C’est ainsi que l’on traite les lieux dans le pays des droits de l’Humain. Je ne dis pas que c’est facile et que c’est simple, que les personnes âgées sont adorables, mais il ne faut pas s’engager dans un travail aussi spécifique, humaniste et humanisant, que celui de l’accompagnement à la personne si l’on accepte d’assumer de telles maltraitances sans états d’âme, comme si l’on travaillait avec des machines ou des « légumes ». C’est d’autant plus difficile de travailler dans ce milieu que le maître mot est rentabilité, et profit… J’ai eu vent d’un directeur responsable de trois maisons de retraite, bénéficiant d’un appartement et d’une voiture de fonction, et traitant son personnel comme de la merde, ne se souciant donc absolument pas des conditions de travail et de l’ambiance infectes qui règnent dans les établissements, au détriment des résidants évidemment.

 

Et ce n’est guère plus reluisant dans le milieu du handicap, dans la majorité des « foyers de vie » pour personnes en situation de handicap. Cela vous dirait d’être puni de cigarettes ou de café, alors que vous êtes majeurs (sous prétexte que la punition est un moyen éducatif (!) pour les personnes déficientes mentales), d’être ligoté sur une cuvette de WC, le pantalon et la couche entravant les pieds, car vous vous masturbiez de façon compulsive (vous avez 13 ans), d’être bourré de médicaments pour éteindre votre libido, d’être séparé de la personne que vous aimez car cela fait désordre dans l’établissement, de ne pas avoir droit à un lit double sous le prétexte fallacieux de manque d’espace, d’être lavé comme un objet, que votre sexualité soit niée, que vous soyez habillé comme un sac, que votre intimité ne soit pas respectée, que votre projet de vie soit négligé voire ignoré, etc., alors dépêchez-vous de trouver une place dans une institution ou de vous faire « prendre en charge » par un service d’aide à domicile, vous ne serez pas déçus du voyage.

Comment peut-on cautionner de tels dénis d’humanité quotidien, constant ? Beaucoup de belles paroles et de belles promesses, la main sur le cœur et le portefeuille entre les deux : État et institutions même combat, même obsession : le fric, et après, éventuellement, le bien-être des personnes. Nous sommes dans une politique du gardiennage qui dit pas son nom. Ou tout le monde est complice sur le dos des « pauvres vieux » et des « pauvres handicapés ». Et après on s’étonne que certains de ces « pauvres » soient odieux (je ne les défends pas mais qui sème l’irrespect peut récolter la colère).

 

Le problème de l’accompagnement n’est pas simple, et le coût en est élevé pour les collectivités, mais il y a des solutions qui ne coûtent rien que du bon sens, une vraie éthique, de la solidarité, du dialogue, du respect, de l’innovation et une volonté commune. Je suis prêt à le démontrer. Je suis aussi conscient que ce n’est pas toujours la direction qui est blâmable face à certaines dérives ; comment voulez-vous faire avec des brebis galeuses dans votre personnel et l’impossibilité de les licencier pour diverses raisons ?

 

Mais par-dessus tout, dans le milieu de l’accompagnement à la personne, il y a un manque crucial d’amour, d’empathie, de considération et de conviction ; d’autant que les écoles de formation et les obsédés de la vieille école continuent à prôner une distance professionnelle totalement nonsensique pour des métiers reposant principalement sur l’affectif. On peut se « protéger » autrement qu’en se réfugiant dans une distance professionnelle déshumanisante et réifiante. Il est urgent d’adapter ces formations à l’évolution culturelle qui en marche depuis le début du millénaire en matière d’accompagnement des personnes − à la demande de Philippe Bas, alors ministre délégué aux personnes handicapées, j’avais fait un rapport, paru par la suite chez Dunod, en 2006, et intitulé Former à l’accompagnement des personnes handicapées, relatif à la problématique de la formation des accompagnants ; il m’a été payé 10 000 € et a fini dans les archives, comme la plupart des rapports commandés par les gouvernements successifs.


Il y a du pain sur la planche mais ce n’est pas sans espoir, à condition de le vouloir, d’avoir la foi. De s’entourer de personnes motivées et profondément humaines. Et que l’État respecte ses engagements, ce qui n’est fréquemment pas le cas en matière de politique sociale et de santé. Mieux, qu’il injecte davantage de moyens dans la politique de soins et d’accompagnement afin d’améliorer les conditions de travail et le mieux-être des personnes accompagnées ; c’est le prix de la bientraitance que tout le monde prône avec grandiloquence. [...]"

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Vanessa 24/05/2015 17:21

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