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Je ne pensais pas faire une page sur l'ABA, MAIS...

Ce qui me pousse à le faire c'est que je suis convaincue que c'est une méthode qui devrait profiter à beaucoup plus d'enfants. Aujourd'hui elle fait sa place progressivement auprès des enfants autistes en France, et ce grâce à l'intervention de familles et d'associations hyper motivées. Des structures se créent, des écoles ouvrent, deux formations sont disponibles (Lille et Toulouse).

Mais, nous sommes plusieurs à penser qu'elle pourrait grandement aider des enfants pluri ou polyhandicapés, ainsi que les enfants qui ont une déficience intellectuelle ou un retard mental. Les parents de ces enfants qui testent ABA sont en général bluffés par les progrès (même si bien évidemment ils sont variables d'un enfant à un autre, je ne parle pas ici d'une méthode miracle hin!)

Finalement les principes d'ABA seraient très profitable à une population assez large, y compris aux enfants dits "normaux" et plus particulièrement à ces derniers qui seraient en difficulté pour diverses raisons.

 

 

L'ABA - ABA-VB

Mon premier article sur l'ABA

Titouan d'un monde à l'autre

Le pairing

 

L'ABA - ABA-VB

Article d'origine ici

Très souvent on me demande d'expliquer précisément ce que je fais.

On me demande régulièrement aussi "quelle est la différence entre l'ABA et l'ABA-VB".


Pour ma part je pratique plutôt la partie VB de l'ABA.

Pour rappel, l'ABA veut dire : Applied Behaviour Analysis qui peut se traduire par "analyse appliquée du comportement". Le VB c'est Verbal Behaviour, qui se traduit par "comportement verbal". Le VB est une branche de l'ABA, qui insiste sur le comportement verbal, pas seulement dans l'idée de "faire parler", mais de permettre de communiquer. En général on essaye d'insister sur les signes de la LSF + parole, mais avec certains enfants on utilise aussi les pictos (PECS) ou pourquoi pas le MAKATON.

J'ai voulu parler du VB suite à une discution sur le site des MagicMamans : ICI. Magalie, la maman d'Alexandre a donné ce lien (et j'ai expliqué rapidement ce que je faisais, en donnant des exemples). J'ai beaucoup aimé les explications du site ABA Aprendre Autrement Isère, précises et claires, expliquant très bien mon "travail". Ce texte a été écrit par une maman qui a un enfant autiste, elle tenait un blog sur lequel elle raconte pas mal de choses dans lesquelles je reconnais l'enfant avec qui je travaille. Cette maman m'a contacté, elle est vraiment sympa, je lui ai demandé l'autorisation d'utiliser ce texte et je vous le copie donc ici :

(je vous accorde que c'est LONG, mais je suis sure que certain(e)s seront intéressé(e)s. Si vous êtes interessés surtout par le VB vous pouvez descendre un peu )

 

Ce qu'elle a écrit sur l'ABA :

ABA - La science du comportement :

L’ABA (Applied Behavior Analysis) ou analyse appliquée des comportements se fonde sur la réduction des comportements inappropriés, l’augmentation de la communication, des apprentissages et de comportements sociaux appropriés. La personne doit constater que suivre les instructions, avoir un comportement approprié sera plus bénéfique pour elle que de fuir l'enseignement ou avoir un comportement inapproprié.

Un comportement est une action : cela peut être par exemple rire, taper sur un clavier d'ordinateur, dire bonjour, boire, demander un biscuit, imiter un son, froncer les sourcils, penser, crier, lire un texte sur un écran d'ordinateur etc....L'immense majorité des comportements que nous avons sont appris, les autres sont des comportements réflexes (comme cligner des yeux sous une lumière puissante par exemple, frissonner quand il fait froid...)

Pourquoi modifier, ou apprendre un comportement ?

Un enfant avec autisme n'a pas appris les comportements appropriés car sa perception du monde est différente de la notre, et il peut adopter des comportements qui sont inadaptés en société.

L'analyse d'un comportement permet de modifier un comportement en analysant :

• les conditions, ou le contexte dans lesquelles ce comportement apparaît : ce sont les antécédents à ce comportement, ce qui le précède
• ce qu'il se passe juste après : ce sont les conséquences du comportement.

L'analyse appliquée du comportement démontre que si on change les antécédents et/ou les conséquences d'un comportement adopté, on change le comportement en question.

→ Prenons l'exemple d'un enfant et sa mère à la caisse d'un supermarché. L'enfant voit des bonbons et a l'habitude de les réclamer en criant "je veux les bonbons !". En réaction à ce comportement, la maman a le choix :

◊ D'acheter le paquet de bonbons. Dans ce cas il y a de fortes chances que la prochaine fois il les réclame à nouveau, et de la même manière ! Son comportement sera renforcé.

 

◊ De ne donner aucune attention à son comportement, et de faire pareil pour les autres fois si ce comportement se reproduit : dans ce cas, il augmentera en intensité la fois suivante, puis l'enfant abandonnera, ayant finalement compris qu'adopter ce genre de comportement ne lui donnera pas accès au paquet de bonbon.

 

◊ Dans le premier choix, l'enfant continuera son comportement dans d'autres situations similaires : la maman renforce ce comportement.

 

◊ Dans le deuxième choix, la maman décide de faire échouer ce comportement, en ne lui prêtant aucune attention : ce comportement perd sa fonction d'être, sa valeur. Finalement il disparaît. La maman a mis ce comportement "en extinction" , un peu comme si on étouffait un feu en le privant d'oxygène.

Dans cet exemple on se rend compte que la maman a deux choix de comportement, dans une situation donnée, et que le comportement futur de l'enfant sera différent selon le choix de la maman.

Cela est vrai pour tout être vivant : une personne, dans une situation donnée, a toujours le choix entre plusieurs comportements différents : ce choix dépend de ses conséquences et de l'environnement dans lequel vit la personne.
Par exemple une personne qui n'a pas d'argent choisira de se lever le matin pour faire un travail qu'elle n'aime pas, simplement parce qu'ainsi elle aura de l'argent, qui lui permettra de payer son logement. Si cette même personne gagne d'un coup beaucoup d'argent, elle choisira de ne plus se lever le matin pour aller faire ce travail. Les conséquences conditionnent sa manière de se comporter, donc son comportement.

Un enfant autiste, dans une situation donnée, a toujours le choix entre différents comportements: notre rôle est de lui apprendre à choisir le bon comportement, celui qui est adapté, qui lui permettra d'apprendre. Par exemple un enfant a toujours le choix d'obéir ou non à une instruction: notre "travail" est qu'il choisisse d'obéir. Cela peut être tout simplement par des félicitations, on le félicite pour son bon choix. Un enfant qui choisit dans un parc de jouer au toboggan plutôt que de hurler a besoin aussi d'être félicité pour son bon choix.


Ce qu'elle a écrit sur le VB :

Qu’est-ce que le comportement verbal ( Verbal Behavior - VB )?

Dire (ou signer) un mot, c'est un comportement : Ce comportement dépend des conditions ("antécédents") dans lesquelles il se produit, et de ce qui se passe pour l'enfant après avoir dit ce mot ("conséquences"). En analysant les conditions et les conséquences, on peut mettre en place quelque chose qui permettra d'augmenter ce comportement, si on le souhaite bien sûr.

Un comportement verbal est tout comportement renforcé spécifiquement par une autre personne : ce comportement engage au moins deux personnes : cela concerne toute forme de communication car il y a un échange entre deux individus.

Par exemple, dire ou signer « biscuit » à une personne qui a des biscuits, c'est un comportement verbal, car il engage deux personnes. Un enfant qui dit « biscuit » alors qu'il est tout seul n'est pas un comportement verbal. Un enfant qui bouscule un autre enfant pour prendre sa place sur un banc peut être considéré comme un comportement verbal, car il engage deux personnes. Bien sûr ce n'est pas un comportement verbal très adapté !

Le comportement verbal est un programme de traitement intensif qui s’attaque à développer la communication aussi rapidement que possible en utilisant un enseignement dans l’environnement naturel (NET : Natural Environment Teaching) rapidement couplé à un enseignement structuré direct et intensif.
L'enseignement dans le milieu naturel de l'enfant est très largement majoritaire (en temps) dans ce programme : il se fait en suivant les intérêts, motivations de l'enfant. Dans ces conditions, ce que l'enfant apprend a du sens pour lui, car ces apprentissages sont directement reliés à ses motivations. C'est dans l'environnement naturel qu'un bébé apprend, et se développe : il en est de même pour une personne autiste.


Le comportement verbal ( VB ) et les mots :

Si j'écris le mot «pirog» (mot russe) : vous pourriez commenter ce mot : c'est un joli mot, de deux syllabes, il est composé des voyelles i,o et des consonnes p,r,g etc...: ce que vous feriez alors est décrire la forme du mot. Mais en réalité, la question que vous vous poseriez, c'est «  comment utiliser ce mot, à quoi sert-il ? » Dans ce cas là, vous vous posez des questions sur la fonction de ce mot.
Je donne la traduction : ce mot signifie "gâteau". Si vous allez en Russie un jour, vous saurez "exploiter" ce mot, vous en servir dans toute situation. Pour un enfant avec autisme, ce n'est pas le cas: un autiste ne saura pas forcément se servir de cette information que j'ai donnée.

Pourquoi? En réalité un même mot a plusieurs fonctions : son utilisation dépend du contexte dans lequel on dit le mot, et de ce qui se passe juste après l'avoir dit.

Un exemple de ce mot utilisé de trois manières différentes :

◊ Un enfant montre à sa maman un gâteau dans une boulangerie en disant "gâteau", parce ce qu'il a faim : dans ce cas il dit cela pour l'avoir ! La maman lui achète le gâteau. C'est dans ce cas une demande.
◊ Ce même enfant peut dire à sa maman "gâteau" en le voyant, parce qu'il en a mangé à midi, et il signale à sa mère qu'il reconnait ce qu'il a mangé: dans ce cas il ne veut pas spécialement le gâteau, il nomme simplement le gâteau. Sa mère est contente qu'il sache nommer le gâteau et le félicite, l'enfant est content et recommencera probablement à nommer autre chose.
◊ La maman dit à l'enfant : "quel est ton dessert préféré ?". L'enfant répond "le gâteau". La maman répond alors "moi aussi". Dans cette situation, la maman engage la conversation, l'enfant lui répond. Ce qu'il dit dépend des mots de la maman. Le mot "gâteau" est l'objet d'une conversation, et il n'est pas présent matériellement.

Dans cet exemple, le mot "gâteau" a trois fonctions. Il sert dans trois contextes différents, et à chaque fois la conséquence de dire "gâteau" est différente.


• Mais..... à quoi ça sert de faire ça ??!!

Un enfant autiste en début de programme" VB" peut très bien savoir reconnaitre un gâteau parmi un ensemble d'aliments, il est peut être capable de répéter le mot « gâteau » sur demande, mais il y a de très fortes chances qu'il ne soit pas capable de le nommer si on lui désigne un gâteau en disant "qu'est ce que c'est ?". Il est probablement incapable de demander un gâteau quand il en veut un. Il est surement incapable de dire que le  gâteau est son dessert favori si une personne lui demande de nommer son dessert favori!

Nous, neurotypiques, avons naturellement cette capacité à utiliser un mot à travers toutes ses fonctions, mais pas un enfant autiste. Il faut donc lui apprendre. Le seul moyen pour améliorer la conversation et la communication d'un enfant autiste est de l'entraîner à utiliser un même mot au travers de ses différentes fonctions.
On se rend compte que de ne pas pouvoir généraliser un mot diminue très fortement la communication et la conversation. Un enfant incapable de communiquer et de converser va probablement s'isoler.
Inversement, si on apprend à un enfant autiste comment utiliser les mots au maximum, il s'engagera plus facilement avec d'autres personnes, il sera plus sociable, sera encouragé par le fait qu'il peut être compris, qu'il peut participer à des conversations, cela l'amènera à "aller vers nous". Il trouvera moins de plaisir à rester seul.

Un programme VB s'attaque en premier à la seule fonction pour laquelle la conséquence n'est pas sociale, c'est fonction de demander un objet : la conséquence est la raison même pour laquelle l'enfant fait la demande: c'est l'obtention de l'objet. Et c'est sur cette fonction que le VB travaille en premier avec un enfant en début de prise en charge. Bien sur cela nécessite une haute motivation de l'enfant pour avoir un objet qu'une autre personne détient. D'où le prochain paragraphe.


Le comportement verbal ( VB ) et la motivation :

Pour un enfant ordinaire, la motivation à apprendre est par exemple l'envie de grandir, d'imiter les autres, cette motivation est naturellement présente.
Pour un enfant avec autisme qui n'a pas encore eu de prise en charge spécifique, cette motivation n 'est pas présente, il n'y a pas de « moteur social ».
La singularité du VB est d’utiliser la motivation naturelle de l’enfant pour s’en servir afin de faciliter les apprentissages ; et, lorsque cette motivation n’est pas présente pour enseigner une compétence, il faut la susciter, la provoquer avant d’entreprendre l'enseignement en question. Le principe posé est que la motivation est le meilleur moteur des apprentissages chez l’individu.
Les enfants atteints d'autisme ou de troubles affiliés sont motivés. Dans de nombreux cas leur motivation est plus élevée que celle chez les enfants qui ont un développement typique. Cependant leur motivation se manifeste souvent différemment. On ne peut pas dire qu'un enfant autiste n'est pas motivé et ne peut pas suivre les instructions données, alors que ce même enfant est capable de grimper sur le placard le plus élevé pour avoir la nourriture qui lui a été refusée, ou réussir à trouver le DVD qui lui a été confisqué, trouver le lecteur DVD, le brancher et regarder le DVD en secret.

Pour provoquer cette motivation, il faut manipuler l'environnement de l'enfant (tout ce qui entoure l'enfant, objets et personnes) : par exemple si on veut enseigner à l'enfant la compétence de demander à ses parents son jouet favori, on ne doit pas mettre le jouet en accès libre : on peut le cacher un temps, puis le placer ensuite dans un endroit visible par lui mais auquel il ne peut accéder. La valeur du jouet sera plus forte à ses yeux car il ne l'a pas vu depuis un moment, et il sera hautement motivé pour l'obtenir : il devra alors passer par un adulte pour l'avoir -puisqu'il ne peut pas l'attraper seul- soit en disant « je veux le jouet », soit en signant ou en échangeant une image représentant le jouet, selon son niveau de communication.

La valeur d'un objet pour une personne dépend de la situation, des conditions dans lesquelles se trouve cette personne. La « valeur » d'une pizza sera plus grande pour une personne qui est à jeun que pour cette même personne si elle vient de manger trois parts de pizzas.


Objectifs d'un bon programme VB :

Le but d'un bon programme VB est d'identifier les motivations de votre enfant lorsque elles surviennent naturellement, et de les utiliser comme des outils pour l'aider dans son apprentissage. En faisant cela, nous pouvons ajouter de nouveaux objets appréciés qui sont plus appropriés tout en diminuant la valeur renforçante d'activités moins adaptées, comme par exemple ouvrir et fermer une porte pendant des heures.

Pour comprendre cela on peut imaginer une balance à plateaux : le plateau gauche symbolise les comportements adaptés, l'apprentissage avec les autres, et le plateau droit symbolise les activités inadaptées, comme l'autostimulation. Tous les poids sont au début sur le plateau droit. Si on prend des poids du plateau droit et qu'on les met sur l'autre, alors la tendance s'inversera naturellement.

Si vous donnez constamment à votre enfant la motivation pour acquérir une nouvelle compétence et qu'il constate que lorsqu’il réussit il est félicité et qu'il ressent du plaisir, alors votre enfant aura une motivation accrue pour accomplir cette compétence à nouveau et cela l’encouragera à refaire d’autres expériences.

NB : Dans un programme VB, on enseigne de manière à ce que l'enfant soit toujours en position de réussite, justement pour maintenir sa motivation à apprendre.

Si vous appliquez ces deux principes de renforcement (ABA) et de motivation (singularité du VB) à chaque compétence que vous voulez faire acquérir à votre enfant, il commencera alors à apprendre tout ce que vous voulez lui enseigner .


Conclusion :

Un bon programme ABA/VB utilise les principes de motivation pour pousser l'élève à acquérir de nouvelles compétences plus difficiles à accomplir tout en se servant du renforcement pour accroître la motivation future et atténuer la difficulté de la compétence. Votre enfant deviendra plus facile à motiver et les compétences futures seront plus faciles à acquérir. Nos enfants peuvent choisir la solitude parce qu'ils ne comprennent pas la nature imprévisible des autres et qu'il leur manque les outils pour interagir avec succès dans des situations qui échappent à leur contrôle. Nous pouvons utiliser les motivations et le VB pour les équiper avec ces outils.

 

 

 

Mon premier article sur l'ABA

Article d'origine ici

Depuis que j'écris ici vous entendez parler d'ABA et d'ABA VB, mais qu'es ce que c'est que ça?

Comme montré dans l'article précédent, pour l'instant en France, pour l'autisme et les Troubles Envahissants du Développement (TED), on fait de la psychanalyse. Je ne pense pas après l'article précédent qu'il soit nécéssaire que j'explique les dégats de cette pratique, mais quelques rappels tout de même:
     - En France avoir un diagnostique de TED relève du parcours du combatant. La seule solution est souvent de se renseigner sur internet, et de trouver par ce moyen l'aide de d'autres personnes qui se sont trouvés dans ce cas, ou l'aide d'une association, qui dirigent alors les parents vers LE spécialiste qui accèpte de poser un diagnostique.
Aujourd'hui, par peur des mots ou je ne sais pas trop de quoi, les enfants sont souvent diagnostiqués "psychose infantile", "troubles de la séparation", ou encore et c'est là le meilleurs: "dysharmonie développementale"...
     - après ces diagnostiques bancaux, l'enfant est dirigé vers un psy qui va tenter de le dépsychoser tout en culpabilisant les parents. Désolée si des psy passent par là, désolée de jeter la pierre. Je sais qu'il y a des exceptions...
     - lorsque j'étais en deuxième année de fac un de mes profs (pourtant génial et très performant par ailleurs) nous a enseigné que l'autisme c'était la faute de la maman.
Tout ça à cause de vieilles théories psychanalytiques, qui ont déjà été oubliées dans bien des pays....
     - J'abrège et je m'arrête là car on pourrait en écrire une tartine.


Pour aider les enfants TED, dans bien d'autres pays, la première chose qui est mise en place c'est l'ABA (ainsi que PECS et TEACCH, mais on verra ça plus tard).
L'efficacité de ces méthodes n'est plus à démontrer, vous trouver des tonnes d'études sur le sujet en fouillant un peu.
Donc, revenons-en à nos moutons, l'ABA c'est quoi?

C'est Applied Behaviour Analysis, qui se traduit en Français par Analyse Appliquée du Comportement.

Pour vous expliquer au mieux ce que c'est, j'ai décidé de ne pas écrire un gros baratin mais d'emprunter un texte d'ABA France, que vous pourrez donc retrouver sur leur site: http://www.aba-france.com

"Il s’agit d’une approche scientifique initiée par les travaux de Skinner dans les années 1930. Selon lui, la psychologie doit être l’étude et l’analyse du comportement. Ses travaux s’inspirent d’une loi démontrée par Thorndike : la loi de l’effet. Selon cette loi, un comportement suivi de conséquences agréables (stimulus appétitifs) sera reproduit alors qu’un comportement suivi de conséquences désagréables (stimulus aversifs) ou n’ayant pas de conséquences dans l’environnement ne réapparaîtra pas. L’environnement a ainsi une place centrale dans l’émission des comportements, qui ne peuvent être expliqués par des concepts tels que l’intelligence, la volonté, la motivation... Il nous faut donc agir directement sur l’environnement si nous voulons modifier les comportements.


Qu’est ce que l’ABA ?

 

L’ABA a pour objectif la modification du comportement par la manipulation de l’environnement. Elle définit un ensemble de procédures qui permettent, notamment, à un enfant d’apprendre des comportements qui l’amèneront à une meilleure adaptation.

Cette approche est reconnue efficace à tous les âges de la vie et dans de très nombreux domaines, aussi bien sur un plan préventif que curatif. Selon le service des départements de santé américain :
« Trente années de recherches ont montré l'efficacité des méthodes de l'analyse appliquée du comportement en réduisant les comportements inappropriés et en augmentant la communication, les apprentissages et les comportements sociaux adaptés » (traduit de Mental health : a report of the surgeon general, chapter 3 - section 6, 1999).
Son champ d’action recouvre des secteurs aussi variés que : l’éducation, les troubles du développement, la psychiatrie, les milieux professionnels, les troubles du comportement, la prévention routière, les addictions, l’autisme, l’hyperactivité, les phobies, le handicap, la dépression, la violence, la gériatrie, le domaine sécuritaire, l’aide à la parentalité, la déficience mentale, les troubles obsessionnels compulsifs, la communication, etc.


Ce que l’ABA n’est pas…

 

  • Elle ne se base pas sur l’idée de « la carotte ou le bâton »

  • Elle ne déshumanise pas les personnes qu’elle prend en charge

  • Elle n’est pas synonyme de dressage

  • Ce n’est pas magique

  • Elle ne se limite pas au travail au bureau

  • Elle ne se limite pas à des environnements structurés

Bien sûr la structuration de l’environnement est parfois nécessaire au déroulement d’une prise en charge comportementale mais ce n’est pas une fin en soi. Progressivement, les comportements sont généralisés à des situations naturelles, rencontrées dans la vie quotidienne de l’individu.

La plupart des critiques émanent de la méconnaissance des recherches en analyse du comportement et de ses fondements théoriques.

 

Choix thérapeutique privilégié pour l’autisme et TED

 

Bien que l’analyse appliquée du comportement soit efficace dans de nombreux domaines, pathologiques ou non, elle se révèle comme le traitement de choix pour les personnes atteintes d’autisme ou présentant des troubles envahissants du développement (TED). Des études ont en effet montré qu’une récupération totale était possible sous certaines conditions. Lovaas (1987) a mené une étude auprès de 38 enfants de 2 à 4 ans dont 19 avaient été diagnostiqués autistes. Les autres forment le groupe contrôle. Ces enfants ont reçu le traitement comportemental (cf ci-dessous) à mesure de 40h par semaine pendant 3 ans. Les résultats montrent que 9 enfants (47%) réussissent leur première année scolaire ordinaire et obtiennent un QI normal, que 8 enfants (42%) réussissent leur première année dans une classe pour troubles du langage et obtiennent un QI compris entre 59 et 95, soit de la déficience légère à l’intelligence normale.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes…

Les recherches de Lovaas ont également abouti à la définition de ce que l’on appelle le traitement comportemental.


Critères du traitement

 

1. Utiliser des procédures de renforcement positif pour permettre le développement des comportements.

2. Evaluer les capacités et les déficits de l’enfant avant tout traitement. Les objectifs, les méthodes d’apprentissage, les séquences d’apprentissage et les renforçateurs sont adaptés aux caractéristiques et aux besoins de chaque enfant.

3. Concerner tous les domaines du développement (langage, moteur, cognitif, social, etc.). Aucun secteur de développement n’est mis de côté.

4. Utiliser l’observation directe et la mesure des performances individuelles pour déterminer les progrès qui apparaissent et ajuster les programmes d’apprentissage.

5. Prendre en compte les parents comme co-thérapeutes.

6. Etre dirigés et supervisés par des professionnels ayant un Master science en analyse du comportement.

A noter : Nous attendons de la part du gouvernement français qu’il reconnaisse le titre d’analyste du comportement, en créant une unité de formation spécifique.

Pour une efficacité optimale, un traitement comportemental doit être appliqué à raison de 40 heures par semaine auprès d’enfants de moins de 4 ans. Cependant, une prise en charge comportementale portera également ses fruits si elle est appliquée auprès de personnes plus âgées, ou de manière moins intensive : les progrès seront néanmoins moins rapides"

 

Bon, je reprends la main pour modérer un peu les propos.

Peut-être que 40H par semaine c'est ce qui est optimal, en attendant, peu de personnes ont réellement les moyens de faire cela car 1-on manque cruellement de personnes pratiquant l'ABA, 2-pas ou peu de prise en charge financière.

DONC, faire de l'ABA au quotidien n'implique pas forcément les 40H. L'essentiel c'est d'en faire plusieurs heures, et surtout d'être conscient de cette méthode, lorsque l'enfant a des comportements adaptés qu'on veut renforcés, inadaptés qu'on veut éteindre ou encore des crises.

 

Selon Diane Fraser il faut toujours penser ABC: Antecedent Behaviour Consequence

Autrement dit pour chaque comportement il faut analyser l'antécédent: qu'es ce qui a déclenché ce comportement (qu'il soit positif ou négatif)

La nature du comportement

Quelle conséquence avons nous donné à ce comportement: ignoré, renforcé, punition...Etc...

On peut analyser tous les comportements de cette manière, et pour les modifier il faut agir sur une des trois partie: ABC.


Il faut proposer un comportement approprié en remplacement à tous les comportements inappropriés.

Car si on ne fait que supprimer un comportement, on a beaucoup de risques qu'il revienne rapidement.


Je voudrais dire aussi qu'il ne faut pas réserver les principes de l'ABA aux enfants TED. Ça peut s'appliquer à plein de situations, y compris aux enfants typiques et ça peut être d'un très grand secours aux parents qui ont du mal à gérer certaines crises de colères de leurs enfants. De plus c'est une méthode d'apprentissage intéressante. Qui certes présente ses limites, comme toutes les autres méthodes.

 

 

 

Titouan d'un monde à l'autre

Article d'origine ici

Pourquoi j'en parle aujourd'hui?

- Parce que je me souviens que quand j'avais vu ces vidéos, ça m'avait donné envie de faire de l'ABA.

- Parce que son parcours est impressionnant et que j'aimerais justement parler de ce côté "impressionnant". Car, l'ABA c'est très bien, mais c'est pas magique non plus. Titouan a un diagnostique d'autisme typique avec un degré de sévérité "moyen". Ses progrès sont considérables, mais il reste autiste. De plus, l'ABA ne fonctionne pas avec la même efficacité chez tous les enfants. Car comme l'explique très bien Oliver Sacks, non seulement il n'existe pas deux autistes semblables, mais, l'autisme interagit de façon très forte avec la personnalité. Enfin l'efficacité de l'ABA est souvent impressionnante sur les autistes sans déficience intellectuelle. Pour ceux qui ont une déficience intellectuelle, les progrès sont là aussi, mais ils sont plus lents et moins impressionnants. Si je dis ça ce n'est pas pour décourager les parents d'enfants autistes avec DI, au contraire, mais c'est pour qu'ils réalisent qu'aucune méthodes n'est magique.

- Parce que j'aime bien le passage où la maman dit: "on ne fait pas vraiment de l'ABA, on prends des petites choses à droite à gauche, et on mélange tout à la sauce comportementale" (citation libre car je ne me souviens pas de la phrase exacte).
Et ça, je trouve que c'est très important. Je crois en l'ABA, c'est une chose. Mais, je ne crois pas en "le tout ABA". C'est à dire que pour moi la structuration de l'environnement et de l'espace/temps (type TEACCH entre autre) est aussi importante que le reste du travail.
Enfin, dans le cas de Titouan, il est devenu verbal. Mais ses parents ont accepté de passer par PECS au début, et de le tirer progressivement sur le langage oral. (en France on a un problème avec les communications alternatives. Beaucoup pensent qu'elles empêcheront l'enfant de parler, ce qui est totalement stupide).

Conclusion, je vais vous mettre les vidéos dans la suite de l'article. Mon but était d'évoquer l'importance de s'inspirer de plusieurs méthodes lorsqu'on veut aider un enfant (ou une personne même adulte) TED. Il me parait impensable qu'encore aujourd'hui on puisse faire du "tout psycho". Le comportementalisme me semble très important, mais il ne faut pas tomber non plus dans des excès et être trop focalisé. Il faut voir l'enfant dans son ensemble, ne pas oublier par exemple de structurer son environnement, et ne jamais oublier que c'est un enfant avant tout.
Comme j'ai toujours mon problème de transparence, si vous voulez vous pouvez voir les vidéos à partir du site de Titouan dont j'ai mis le lien en haut de mon article.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le pairing

Article d'origine ici

Je parle souvent de pairing autour de moi car c'est quelque chose que je considère comme essentiel avant de commencer un travail en ABA ou avec une autre méthode avec un enfant autiste. Mais, je tiens à dire ici que je pense que c'est intéressant de faire quelque chose de similaire avec n'importe quel enfant, quelque soit son handicap, lorsqu'un intervenant va être amené à le rencontrer régulièrement sur une période relativement longue.


En ABA VB le pairing est essentiel

Comment le traduire en français? Je dirais « processus d'attachement ». Il sert à construire la relation entre le thérapeute et l'enfant. Cette relation est souvent très longue à construire en autisme. Pourtant, le fait prendre le temps de le faire au départ permettra de faire des séances beaucoup plus efficaces par la suite.

Le but est que l'enfant concerné ne se dise pas, en voyant arriver le thérapeute: « oh non, le travail s'en vient ». Il faut que la relation soit renforçante pour l'enfant, qu'il apprécie la personne avec laquelle il va travailler pendant de nombreuses heures.

Lorsque le pairing est réussit, l'enfant voit arriver la personne et il se dit qu'il va faire tout un tas de choses, plus ou moins plaisantes, mais au moins ça sera avec une personne qu'il apprécie.

Le pairing n'est jamais totalement acquis, on peut le retravailler tout au long des interventions.


En quoi cela consiste?

Avec des enfants très jeunes, il faut prendre du temps pour être avec eux, en silence, en ne faisant que les imiter, ou faire des jeux qu'ils apprécient. Cela peut/dois durer plusieurs séances. Lorsque l'enfant est en confiance il sera peut-être en mesure de faire des demandes de façon beaucoup plus aisée à l'intervenant.

Puis petit à petit le pairing doit s'approcher de l'interaction, on peut jouer avec des bulles, qu'on fera chaque fois que l'enfant les demande. Sa demande peut-être verbale, signée, mimée ou en picto, ou encore pointée suivant le niveau ou l'âge de l'enfant. On ne s'attache pas à la forme de la demande mais à sa fonction.

Lorsque l'enfant est plus grand, le pairing se fera par des activités qu'il apprécie beaucoup, qui sont très renforçantes. Ça peut être du roller, du vélo, du skate, de la piscine, des jeux sur l'ordinateur en faisant chacun son tour, des jeux avec des ballons, de la cuisine etc... Le tout c'est que cela plaise réellement à l'enfant.

Là encore, le but premier ne doit pas être un apprentissage mais bien la construction de la relation.


Quels en sont les effets?

L'enfant est content lorsque l'intervenant arrive.

L'enfant est beaucoup plus présent lors des séances, il est plus disponible.

L'intervenant connait mieux l'enfant, donc il est plus apte à trouver des renforçateurs adaptés. De plus l'intervenant sait comment ramener l'enfant à son travail, il voit petit à petit les petits trucs qui fonctionnent pour l'aider à sortir de sa rêverie.

L'enfant apprend progressivement à regarder l'intervenant, à avoir une alternance du regard.

L'intervenant est associé à des choses plaisantes, il est donc renforçant pour l'enfant. On pourrait aller jusqu'à dire que l'intervenant est un renforçateur. Ce point est sûrement le principal. C'est pourquoi il faut que le pairing soit continué à travers les séances. Chaque séance peut comporter une part de pairing.

Je vois et je ressens tout ça lorsque j'interviens. Je pense que c'est quelque chose de puissant. Le manque de pairing avec certains intervenant se sent (l'AVS surtout).


Et, finalement, en dehors du processus d'attachement, pourquoi tout ça?

 

Parce que on oublie trop souvent que l'enfant autiste est un enfant! Tout simplement! Parce que les autistes ont aussi besoin de jeux, parce que pour eux aussi, travailler avec une personne qu'ils apprécient c'est plus fructueux! (n'es-ce pas comme ça pour nous?!)



Pour conclure je dirais que bien entendu ça dépend beaucoup les enfants et leur degré de handicap. Peut-être que pour certains le pairing se fait tout seul?

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"La différence est la plus belle chose que nous ayons tous en commun..."

"Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents? C'est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences..." (Anna Gavalda, "Ensemble c'est tout")

Le fond du blog, que j'ai créé exprès mais qu'on ne voit pas vraiment : 

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